Radis noir et radin vert

Le développement durable et son volet consommation nous invitent depuis quelques années à consommer responsable en achetant notamment local. Au rayon légumes : topinambour, blette, panais, chou rave… et radis noir reviennent aujourd’hui au devant de la scène.

Auparavant critiqués et parfois mêmes délaissés, les légumes anciens, appelés parfois « légumes oubliés », sont aujourd’hui réhabilités dans nos assiettes. Leurs qualités : énergiquement parlant peu coûteux à concevoir puisque produits localement, ils sont aussi et souvent cultivés à l’ancienne c’est-à-dire façon bio donc bon pour le milieu, sans parler du fameux petit arrière goût de châtaigne qui caractérise (bien sûr) le plus grand nombre d’entre eux. Or aujourd’hui, un autre légume tire aussi son épingle du jeu : le radin vert.

Sous couvert d’être à la pointe de l’écocitoyenneté, le radin vert se révèle au grand jour et n’a plus peur de se montrer. Doucement et insidieusement le radin, rouge d’être montré du doigt, a entamé sa mue depuis quelques années. Suite à la déclaration de Rio de 1992, le radin, rouge de honte d’être dénigré, a bien compris quels étaient les 3 piliers fondateurs du développement durable : le social, l’écologie et l’économie ; et l’économie il connaît bien !!

Aujourd’hui le radin rouge a terminé sa mue. Métamorphosé en radin vert il passe désormais inaperçu dans le panier de légumes jadis « oubliés ». Il est ainsi au premier rang, voir parfois chef de file de l’action écocitoyenne ! Sous couvert d’économie de ressource et de réduction de son empreinte écologique, le radin vert est un exemple d’altruisme ! Oui voilà enfin quelqu’un qui ne s’active pas que pour son compte mais qui agit pour les générations futures !

Passer l’hiver dans un logement à 13°, se doucher à l’eau de rinçage de vaisselle en 5 minutes chrono, s’éclairer à la bougie, arroser ses plantes avec l’eau d’une douche de 5 minutes chrono issue de l’eau de rinçage de vaisselle, pratiquer le covoiturage avec le véhicule du voisin, se payer des vacances de rêve à l’autre bout du… département, le radin vert tout ça, il connaît , il pratique et il maitrise !!

Aujourd’hui où peindre le monde en vert est une nouvelle source de bénéfice, le radin à tout compris et pratique, à sa façon, lui aussi le greenwashing.

Une énorme envie

Photo de Jake Higgs piquée sur le site de Questionmarc

C’est en lisant le hors-série de Courrier International, La vie meilleure : Mode d’emploi, que j’ai découvert l’existence d’une association écologiste au nom évocateur : Pee Outside. Le concept est simple : plutôt que de consommer bêtement de l’eau à chaque fois que l’on tire la chasse, mieux vaut sortir dans le jardin. Comme toute association humanitaire qui se respecte, Pee Outside utilise tous les moyens à sa disposition pour faire connaitre sa cause au plus grand nombre. Il y a un groupe Facebook, un compte Twitter, une galerie de photos de personnes en train de manifester leur soutien, et même un Pee Outside Day, le 19 avril (évènement malheureusement pas encore reconnu par les Nations Unies).

Il est utile de rappeler ici que le genre d’action radicale promu par cette sympathique association n’est pas  forcément bien compris par tout le monde. Il convient donc de prendre quelques précautions si l’on décide de soutenir la cause. Ainsi, dans les FAQ, ils encouragent leurs militants à utiliser leur propre jardin, de préférence la nuit, histoire de ne pas être accusé d’exhibitionnisme. Ils conseillent également aux occupants d’appartements de ne pas tenter quoi que ce soit depuis leur balcon. Ceux que la technique intéressent pourront aussi consulter cette page qui donne quelques conseils, notamment pour opérer au milieu d’une foule compacte.

Ces éco-warriors d’un genre nouveau m’ont rappelé le travail de Questionmarc,  mystérieux (ou mystérieuse) artiste de Nottingham découvert via l’excellent site Wooster Collective, qui suit l’actualité du street art à travers le monde. L’œuvre de Questionmarc ? Une série d’affichettes à l’apparence officielle, placardées à travers la ville, indiquant sobrement « Public urination permited after 7:30 pm » (c’est la photo qui illustre cet article). Les affiches avaient l’air tellement vraies que certains n’ont pas hésité à profiter de cette nouvelle législation, obligeant la mairie de Nottingham à démonter rapidement cette nouvelle signalétique.

Ce qui au départ m’avait fait penser à un détournement façon Banksy -comme ces « Designated Graffiti Area », ou à un hommage bizarre à Marcel Duchamp  -si un urinoir peut devenir une œuvre d’art, pourquoi pas le mur dans la ruelle derrière le bar- pris soudain une toute autre dimension lorsque je découvris Pee Outside. C’était évidemment  une œuvre militante destinée à attirer l’attention sur le gaspillage que représentent les millions de litres d’eau aspirés quotidiennement par les waters du monde entier.

En guise de conclusion, comme s’il était encore besoin  de vous convaincre qu’il est préférable de sortir respirer l’air pur plutôt que de s’enfermer dans une pièce confinée, je ne peux m’empêcher de citer une réplique de Jean Rochefort dans le film J’ai toujours rêvé d’être un gangster. Il y joue le rôle d’un vieux gangster à la retraite, qui se souvient avec émotion des moments passés avec ses acolytes dans leur planque au milieu des bois, après leurs braquages (je n’ai malheureusement pas trouvé l’extrait concerné en ligne, mais je prête le DVD à qui  veut). On écoute Jean :

Moi, j’aime me lever tôt, avec la lumière… Aller pisser, dehors, contre un arbre… Sentir un petit vent frais autour du gland… Putain, pisser contre un arbre ! Et l’embrasser, après !

C’est donc autant un acte militant qu’un cri d’amour à la nature que cet article a modestement tenté de promouvoir. Espérons qu’il sera lu par le plus grand nombre -n’hésitez pas à en parler autour de vous- afin de nous sauver de la pénurie d’eau qui menace.

Quant à  mon prochain article, il traitera probablement de ce best-seller.